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October 26th 2009 No Comments

Quand la crise force l’exil

Daniel, St-Georges-de-Beauce - Photo : Renaud Philippe - Copyright ONF

Daniel, St-Georges-de-Beauce - Photo : Renaud Philippe - Copyright ONF

Dans la même semaine, Daniel a perdu ses deux emplois. Ce travailleur acharné, à qui la crise a appris à ne jamais dire jamais, pense aujourd’hui quitter sa ville de St-Georges-de-Beauce pour venir trouver du travail à Québec. Ça fait déjà trois mois que de Québec, j’ai pris la route vers St-Georges, afin de rencontrer Daniel. Deux heures de route pour rejoindre cette petite ville de passage, que je connaissais pour y avoir déjà travaillé sur quelques mandats photos. Connaître sans réellement connaître. C’était la première fois par contre où je me confrontais à la réalité de St-Georges : une ville un peu en décrépitude, ou l’avenir est incertain. Une impression sûrement favorisée par le témoignage de Daniel et le contexte économique actuel. Pourtant, St-Georges c’est la plus grosse ville de cette région bucolique – qui, par ses collines, fait un peu penser à la Suisse – qu’est la Beauce.

Avec Daniel on est allé faire un tour. Un tour en ville, un tour dans le parc industriel. À part quelques compagnies qui tiennent le coup, dans le parc, la vie tourne au ralenti. Nombreuses sont les bâtisses abandonnées, du jour au lendemain, laissant des centaines de travailleurs sans emploi. Il y a trois mois, ça faisait déjà un an que Daniel n’en avait plus.

Toujours très actif au Regroupement social de St-Georges, Daniel voit les jours passer et se demande si la récession tire vraiment à sa fin. «Ça fait longtemps. Je n’ai rien trouvé. Pleins de démarches mais les portes se ferment une après les autres. Je suis toujours au même point». Et les temps sont durs, «c’est pas mieux. Je ne peux pas imaginer passer l’hiver à ne rien faire.»

Mais le cœur y est toujours, la force de caractère aussi. «On reste de bonne humeur ! Rien ne change de ce coté. C’est une question de mentalité. On va passer au travers mais de plus en plus, je pense déménager vers Québec. Ici il n’y en a plus de travail.»

Quand la crise force l’exil, c’est un peu le même contexte qu’à Timmins, en Ontario, où j’ai rencontré Rick, responsable de la banque alimentaire. Un peu partout les industries ferment, mettent à pied des employés, se trouvent dans l’incertitude la plus totale quant au lendemain. Les travailleurs aussi. Rick est à Timmins ce que Daniel est à St-Georges : un travailleur acharné qui sans compter son temps s’est engagé à aider ses semblables dans les moments les plus durs. Comme Daniel, nombreux sont ceux à Timmins et aux alentours qui pensent s’exiler dans les grandes villes, histoire de fuir la crise. C’est bien là où elle sévit le plus, loin des grands centres urbains.

Renaud Philippe, photographe

Tags: billets français · documentary

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