L’industrie de l’auto canadienne : un secteur aux abois
En proie à sa plus grande débâcle depuis la Grande Dépression, le secteur canadien de l’automobile a connu une légère embellie au cours des derniers mois. Dans un rapport publié en décembre 2009, le Conference Board of Canada prévoit un retour aux – modestes - profits pour 2010 et ce, après une année désastreuse et des pertes de 2,3 milliards. Le rapport souligne toutefois le caractère graduel et incertain de cette reprise.
Quelques faits et statistiques
Les débuts : L’industrie canadienne de l’auto a vu le jour à Walkerville – maintenant partie intégrante de Windsor - en 1904, un an après qu’Henry Ford ait démarré sa production à Detroit. Intrigué par l’invention de Ford, Gordon M McGregor, un homme d’affaires de Windsor, a convaincu quelques entrepreneurs d’investir dans une nouvelle entreprise, la Ford Motor Company of Canada. Quelques mois plus tard débutait la production canadienne du modèle C, assortie d’une clause de droit de ventes partout dans l’empire britannique, à l’exception de la Grande-Bretagne. Ainsi, de 1918 à 1923, le Canada devient le numéro 2 mondial de l’industrie de l’auto.
Pesante, l’industrie automobile : De tous temps, l’industrie automobile a constitué la part la plus importante de toute la production manufacturière au pays et ce, à hauteur d’environ 14%. En Ontario, ce secteur représente 26% de la production manufacturière. Dans les autres provinces, cette proportion se maintient autour de 5%. À titre comparatif, l’industrie automobile ne constitue que 7% de toute la production manufacturière de nos voisins du sud. En 2007, le Canada a produit 2,6 millions de véhicules, ce qui représente 16,7 % de toute la production nord-américaine.
Au travail ! À son apogée, en 1999, la production automobile employait environ 160 000 Canadiens répartis dans 1300 usines à travers le pays. 300 000 personnes supplémentaires se consacraient, elles, à la distribution des véhicules ou évoluaient dans d’autres secteurs connexes. Le revenu global de tous ces travailleurs atteignait 80 milliards de dollars. Comme contribuables, ces derniers ont versé 2,2 milliards en impôt au Trésor canadien et 430 millions en taxes scolaires.
À la solde des exportations : En 2007, le Canada était le troisième exportateur mondial de voiture, après les États-Unis et le Japon. 84% des véhicules fabriqués au Canada sont exportés, principalement à destination des États-Unis. Ces exportations ont engendré des revenus de 70,5 milliards de dollars (sur les 96,7 milliards générés par l’ensemble de la production).
À la baisse : La petite remontée des ventes survenue en décembre 2009 n’est pas parvenue à compenser la baisse de 10,7% qu’ont enregistrée 4 des 5 plus grosses entreprises en 2009, soit GM, Chrysler, Honda et Toyota, par rapport à leur chiffre d’affaire de 2008.
Peu d’emplois : Selon le groupe DesRosiers Automotive Consultants, le nombre de Canadiens qui travaillent à l’assemblage est maintenant plus bas qu’en 1965, année de la signature du Pacte de l’auto Canada-États-Unis. Au total, l’industrie automobile canadienne (qui comprend la fabrication des pièces et l’assemblage des véhicules) a perdu 57 000 emplois depuis le début des années 2000 et 27 000 pour la seule année 2009.
Le grand sauvetage : Les gouvernements ontarien et fédéral ont consenti 14,5 milliards de fonds publics pour le sauvetage de GM et de Chrysler.
Les ingrédients : Une voiture nord-américaine pèse en moyenne 4000 livres et contient environ 2600 livres d’acier et de plastiques. Avant que n’éclate la crise, le secteur canadien de l’automobile consommait :
- 14% de la production canadienne de fonte
- 15% de toutes les expéditions d’acier au Canada - ce qui représente 100 000 emplois
- 11% de la production des produits de caoutchouc
- 7% des produits usinés au pays
- 9% des fils métalliques
- 14% de l’aluminium transformé
- 6% des tapis et textiles
- 9% des produits en verre
Réf :
1/ Gouvernement du Canada, programme Investir au Canada
2/ The Economist, 1er août 2009
3/ Auto Industry on the Brink, Canadian Autoworkers
4/ Dennis DesRosiers Automotive Consulants
5/ L’Encyclopédie canadienne www.thecanadianencyclopedia.com