Comme l’ont démontré les organisatrices communautaires Marie-Ève et
Maria, l'est du quartier Rosemont, à Montréal, recèle d'importantes
zones de désert alimentaire. On n'y trouve aucun point de vente de
fruits et de légumes frais à prix raisonnables à moins de 500 m à pied
ou 3 km en voiture, distances à multiplier par deux si on compte le
retour.
La situation de Rosemont est loin d'être unique; on
compte plusieurs villes au Canada où il devient de plus en plus
difficile pour les résidents de s'approvisionner facilement en fruits et
légumes frais.
Une étude de Jason Gilliland, professeur de
géographie à l'Université Western, en Ontario, indique que ce ne fut
pourtant pas toujours le cas. En 1961, les citoyens qui habitaient le
centre des villes canadiennes avaient un excellent accès aux
supermarchés.
Seulement, depuis 40 ans, les gens sont de plus
en plus nombreux à quitter les villes pour s'établir en banlieue. Les
supermarchés ont suivi. Si bien qu'on en retrouve maintenant plusieurs
aux limites des villes, mais bien peu en leur sein.
La
situation serait encore plus délicate dans les milieux défavorisés,
croit le professeur Gilliland. Les gens qui n'ont pas les moyens de se
rendre au supermarché doivent alors faire leurs courses au dépanneur ou à
la petite épicerie du coin. Or, non seulement est-il difficile d'y
trouver des produits frais, mais le prix des aliments y est en moyenne
1,6 fois plus élevé, ce qui contribue à perpétuer le cercle vicieux de
la pauvreté.
Qu’en est-il dans votre quartier ? Avez-vous un accès facile aux fruits, légumes et autres produits sains?
Quelques faits et statistiques
Le
terme « désert alimentaire » a été créé en Angleterre dans les années
1980 alors que les supermarchés délaissaient les centres urbains pour la
banlieue. Le vandalisme ambiant décourageait alors tout nouveau
commerçant de s’installer au centre-ville. Désespérés de voir apparaître
de nouveaux marchés d’alimentations dans certaines parties de la ville,
plusieurs commencèrent à évoquer les « déserts alimentaires ».
Les
supermarchés déménagent en périphérie des villes en raison des grands
espaces et des stationnements qu'ils peuvent acheter ou louer à moindre
coût.
De 1961 à 2005, la superficie moyenne des supermarchés est
passée de 850 mètres carrés à 4000 mètres carrés et ce, même si on y
trouve moins de résidents vivant à proximité.
Une étude
étasunienne a démontré que dans plusieurs quartiers afro-américains, les
personnes ayant accès à au moins un supermarché dans leur secteur
étaient plus nombreuses à consommer les quantités recommandées de fruits
et de légumes que celles vivant dans des quartiers sans supermarchés.
Au
Québec, un sondage Léger marketing a révélé que la proximité est le
premier critère des consommateurs dans le choix d'un magasin
d'alimentation.
40 % des Montréalais n'auraient qu'un piètre accès aux fruits et légumes frais à distance de marche de leur domicile.
Profil sociodémographique de l’arrondissement Rosemont-Petite Patrie
Rosemont
est un des 19 arrondissements de la ville de Montréal. Il se classe au
troisième rang des arrondissements montréalais pour la taille et la
densité de sa population. On y trouve une faible concentration d’enfants
et une importante population de jeunes âgés entre 20 et 34 ans. Un
citoyen sur cinq est issu de l’immigration.
Population: 133 618 habitants (population de Montréal : 1 620 693)
L’arrondissement regroupe 7,2 % de la population de l’agglomération de Montréal.
Les locataires y sont largement majoritaires avec trois logements sur quatre en location.
Les
secteurs de soins de santé et d’assistance sociale ainsi que le
commerce de détail sont les secteurs qui comptent le plus de
travailleurs.
Les gens de Rosemont-Petite Patrie se déplacent
surtout en transport en commun et en vélo (ils sont les seconds plus
grands utilisateurs de vélo à Montréal).
Chez les 15 ans et plus :
21,6% n’ont aucun diplôme, certificat ou grade
18,8% ont un diplôme d’études secondaires ou l’équivalent
16,8% ont un diplôme d’études collégiales ou l’équivalent
25,6% ont un diplôme ou grade universitaire
Le
revenu moyen des 15 ans et plus avant impôts (emplois à temps plein
(52%) et emplois à temps partiel (48%) confondus) est de 28 831 $
Le taux de chômage y est d’environ 8,4%
Près de 37% des ménages locataires doivent consacrer au moins 30 % de leur revenu pour se loger.
Sources :
- Profil sociodémographique Rosemont-La Petite Patrie, mai 2009, Ville de Montréal
- The Gazette, 18 avril 2008
- Kingston Whig-Standard, 1er mai 2008
-
Les disparités dans l'accès à des aliments santé à Montréal; une étude
géomatique, Direction de santé publique, Montréal. 2006.