Les travailleurs temporaires au Canada
Edgar et ses collègues philippins font partie des 200 000 travailleurs temporaires que compte le Canada. Depuis des années, l’embauche de ce type de travailleurs va croissant. Leur nombre est passé de 92 000 en 1997 à 201 057 en décembre 2007, alors que 115 470 d’entre eux entraient au pays pour la première fois.
Ces travailleurs temporaires sont admis au Canada afin de combler des emplois qui ne trouvent pas preneurs auprès des Canadiens. En 2002, différents sous-programmes ont été officiellement mis en place selon les besoins et particularités propres aux différents secteurs d’activités. Le but: favoriser la croissance économique canadienne.
La marche à suivre est la suivante : l’employeur doit d’abord effectuer un travail de recrutement auprès des Canadiens et des résidents permanents. S’il peut prouver que ses efforts restent vains et que l’embauche de travailleurs étrangers n’exercera aucune répercussion négative sur le marché du travail canadien, il peut présenter une requête au gouvernement fédéral pour une telle embauche. Un visa temporaire sera alors émis à un ressortissant étranger qui a déposé une demande dans le but de travailler au Canada.
Changement de politique
Depuis quelques années, le Canada tend à admettre plus de travailleurs temporaires que de résidents permanents. En 2007, par exemple, la Colombie-Britannique avait fait appel à 43 375 travailleurs temporaires et avait accueilli 38 941 résidents permanents. Pour l’Alberta cette même année, ce ratio était de 37 257 travailleurs temporaires étrangers pour 20 857 résidents permanents.
« Il y a eu un changement de politique du gouvernement canadien car, jusque dans les années 1950, le Canada était reconnu comme un pays d’immigration permanente, » affirme Anne-Claire Gayet, coordonnatrice de la Chaire Oppenheimer en droit international public de l’Université McGill et détentrice d’une maîtrise en études internationales.
Une pénurie non résolue
Le Comité permanent de la Citoyenneté et de l’immigration s’est penché sur la question des travailleurs temporaires et a rendu un rapport à cet effet en mai 2009. Selon le Comité, la situation est problématique car elle ne permet pas de former une main-d’œuvre durable et qualifiée qui contribuerait à pallier la pénurie de travailleurs que connaît présentement le Canada.
Dans l’espoir de pallier ces difficultés, le Comité croit que « tous les travailleurs étrangers temporaires inscrits au programme actuel devraient avoir la possibilité de demander le statut de résident permanent s’ils remplissent certains critères ». Dans le moment, cette possibilité n’est offerte qu’aux aides domestiques familiales qui cumulent 24 mois d’expérience ou aux travailleurs hautement qualifiés.
Quelques faits et statistiques :
De septembre 2008 à septembre 2009, le taux d’emploi a chuté de 1,6% chez les Canadiens et de 5,7% chez les immigrants qui sont au pays depuis moins de cinq ans.
Les dernières récessions ont démontré que les immigrants ont beaucoup plus de difficulté que les natifs à réintégrer le marché du travail une fois la crise passée.
Bien que sa population représente 10% de celle du Canada, l’Alberta reçoit 20% des travailleurs étrangers temporaires au pays.
Les envois de fonds des émigrés à leurs familles dans les pays en voie de développement devraient enregistrer une baisse de 7,3% en 2009, à 304 milliards US. Selon la Banque mondiale, le montant de ces transferts risque de diminuer d’un 10% supplémentaire si la crise se prolonge.
Les nouveaux immigrants qui se sont trouvés un travail au cours des dernières années l’ont fait dans les secteurs qui ont été le plus touchés par la récession, soit le secteur manufacturier et le commerce de détail. Le secteur manufacturier, la construction et le transport sont les domaines où les immigrants ont été le plus touchés en 2008.
Sources :
Rapport du Comité permanent de la citoyenneté et l'immigration de la Chambre des Communes du Canada, Les travailleurs étrangers temporaires et les travailleurs sans statut légal, mai 2009.
La Presse Affaires, 24 août 2009
Globe and mail, 10 septembre 2009
Calgary Herald, 23 juillet 2008