Manger... à quel prix?
Comme André, bien des gens ont décidé de se joindre à un projet de jardins collectifs l’été dernier. « On a enregistré près de 20% plus d’inscriptions cette dernière année et constaté que l’intérêt des citoyens pour le projet avait considérablement augmenté, avec 30% de plus de demandes d’informations », se réjouit Dominique Lacroix, coordonnatrice des jardins collectifs de Bouffe-Action, dans le quartier Rosemont de Montréal.
Outre le plaisir relié au fait de jardiner en groupe et une campagne de recrutement élargie, d’autres facteurs viennent expliquer cet engouement : la crise économique et l’augmentation du prix des aliments.
En effet, l’indice des prix à la consommation (IPC) de septembre 2009 démontre que le prix des aliments a augmenté de 2,7 % entre septembre 2008 et septembre 2009. Des hausses de prix ont été relevées pour la viande (2,6%), le poisson (8,8%), les produits laitiers et les œufs (2,5%), pour le sucre (8,7%) et pour les aliments achetés au restaurant (2,8%). Cependant l'IPC indique que le prix du logement a reculé de 1,8% et celui du transport, de 7,2%, les consommateurs payant 23% de moins à la pompe qu'un an plus tôt.
C’est donc principalement le prix des aliments qui a exercé une pression à la hausse sur l’IPC car sans l'énergie, celui-ci aurait été de + 1,3 % plutôt que de – 0,9%, tel que recensé par Statistique Canada.
Enfin, pendant que la crise amputait les ventes au détail de 5,8% partout au pays, entre janvier 2008 et janvier 2009, les supermarchés, eux, voyaient leurs ventes gonfler de 7%. En août 2009, une chaîne d’alimentation bien connue, Metro Inc., annonçait des profits record de 112 millions, en hausse de 22%.
Quelques faits et statistiques
Selon une analyse réalisée par une firme de courtage de Toronto, le panier d’épicerie coûte plus cher au Québec qu’ailleurs au Canada. Cette différence serait, entre autres, attribuable à des prix plus élevés au Québec, à une plus grande concentration du marché de l’alimentation dans cette province et à une présence accrue de supermarchés à escompte en Ontario.
Depuis 2002, le coût des aliments a augmenté de 24% au Québec et de 21% en Ontario.
65% des commerces d'alimentation du Québec appartiennent à des marchands propriétaires, soit des PME locales dont la plupart sont constituées de familles. Cette situation serait unique au Canada.
L’accès à l’alimentation dans le monde : pas pour tout le monde
Dans les jours précédant la journée mondiale de l’alimentation, le 16 octobre dernier, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Jacques Diouf, appelait la communauté internationale à intensifier sa lutte contre la faim.
C’est que la crise économique a substantiellement majoré le nombre de personnes souffrant de malnutrition. 1,2 milliard d’êtres humains – soit une personne sur six – n’ont pas assez d’argent pour semer ou pour manger à leur faim. En juillet 2009, 32 pays étaient plongés dans une crise alimentaire grave et nécessitaient une aide d’urgence.
Même l’Arménie, qui a pourtant très bien réussi sa transition à une économie de marché, se trouve affectée par la crise, les transferts de fonds envoyés par la diaspora arménienne ayant diminué de 35%. Au Kenya, le prix à la hausse des engrais a dissuadé les gens de semer, laissant la moitié des terres normalement consacrées à la culture du maïs inutilisées.
Le Programme alimentaire mondial des Nations-Unies aurait besoin de 6,7 milliards de dollars pour enrayer la famine dans le onde. Le 16 octobre dernier, seuls 2,9 milliards de dollars garnissaient la cagnotte.
Source :
Statistique Canada ; Cyberpresse, 6 août 2009 ; La Presse Affaires, 29 juin 2009 ; L’Actualité, 15 mai 2009 ; Première chaîne de Radio-Canada, 14 octobre 2009; Programme alimentaire mondial des Nations-Unies.