Un avenir cadenassé ?
Date de publication : 5 novembre 2009 - Hamilton, Ontario
Stelco a été fondé en 1910 lorsque l’entrepreneur Max Aitken – futur Lord Beaverbrook – a fusionné cinq entreprises productrices de fer et/ou d’acier en une seule grande aciérie. Dès ses débuts, la Steel Company of Canada Ltd connaît le succès grâce, entre autres, à la Première guerre mondiale (1914-18). Un peu plus tard, les années de protectionnisme qui accompagnent la Grande Dépression (années 1930) continent de faire grossir le chiffre d’affaires. Si bien qu’au début des années 1970, l’entreprise devient la plus grosse aciérie au Canada. Avec ses dizaines de milliers d’employés au Québec, en Ontario et en Alberta, elle produit 35% de l’acier au pays. En 1980, elle prend le nom de Stelco.
Mais tout ce qui monte doit redescendre et quelques années plus tard, les aciéries nord-américaines amorcent un lent déclin. Stelco ne fait pas exception et entreprend de réduire ses coûts d’opération en rationnalisant ses installations et sa main d’œuvre. En 1992, elle figure parmi les quelques entreprises qui se voient octroyer par le gouvernement provincial le droit de réduire ses cotisations au régime de retraite de ses employés, stratégie mise en place pour pallier les affres de la récession du début des années 1990. Puis, au début des années 2000, la concurrence se fait de plus en plus vive en raison des importations d’acier qui déferlent sur le marché canadien. En 2004, Stelco est acculé à la faillite et licencie d’autres employés en plus de réduire les prestations de 13 000 de ses retraités.
Canada vs US Steel
US Steel achète Stelco. La transaction a lieu en août 2007. L’entreprise américaine basée à Pittsburgh débourse 1.1 milliard $US en plus d’éponger la dette de 800 millions de dollars que traînait Stelco. En vertu de la Loi sur Investissement Canada (LIC), l’entreprise américaine a pris 31 engagements, dont la promesse de maintenir un certain niveau de production dans ses usines canadiennes et de préserver une main d’œuvre d’au moins 3105 travailleurs à temps plein.
Survient la récession. US Steel coupe dans ses installations au Canada. Selon l’Association mondiale de l’acier, la production mondiale d’acier diminue de 21.3% au cours du premier semestre de 2090. En mars 2009, US Steel inc invoquait la récession pour effectuer des mises à pied (1500 travailleurs) et demander des concessions à ses employés.
Le Canada poursuit US Steel. En juillet 2009, le gouvernement fédéral, représenté par le ministre du Travail Tony Clement, a créé un précédent en intentant une poursuite contre US Steel, arguant que l’entreprise américaine avait brisé son engagement auprès de la LIC. Le Canada a présenté à la Cour des documents démontrant que l’entreprise n’avait gardé que 23% de la main d’œuvre qu’elle s’était pourtant engagée à préserver et qu’elle transférait des matériaux bruts de ses usines canadiennes vers ses installations américaines.
Lakeside s’en mêle. En août 2009, Lakeside, un petit fabricant canadien de conduits est parvenu à obtenir un statut d’intervenant dans le procès afin de déposer une offre d’achats dans le cas où le juge forcerait US Steel à vendre ses infrastructures canadiennes.
L’appui du syndicat. L’initiative de Lakeside a été agréée par le syndicat des Métallos, qui représente les travailleurs des aciéries de Hamilton et de Nanticoke. Le syndicat a accusé US Steel de favoriser ses usines américaines dans le cadre du programme Buy American, mis en place par le président Obama afin de relancer l’économie.
US Steel contre-attaque. US Steel plaide en retour que la Loi sur Investissement Canada est inconstitutionnelle et qu’elle constitue une violation à la Charte canadienne des droits et libertés. US steel demande donc à la cour d’invalider la poursuite du gouvernement canadien.
Des travailleurs en lock-out. En juillet 2009, seuls 900 travailleurs étaient toujours en poste à l’usine de Hamilton, mais risquent d’être mis à pied en novembre. En octobre 2009, la poursuite du gouvernement fédéral était toujours devant le tribunal et les travailleurs de Nanticoke, toujours en lock-out, suite à l’échec des pourparlers.
Sources:
Reuters, 27 août 2009; Report on Business, 10 octobre 2009; Toronto Star, Aug 5, 2009; Mondaq Business Breifing, 6 août 2009; Globe and Mail, 30 janvier 2004; Hamilton Spectator, 11 novembre 2008.
Dominic Morissette
Monteur
Miguel Raymond
Réalisatrice-coordonnatrice
Hélène Choquette
© 2009 ONF – Tous droits réservés
Thème
- « Si le pétrole atteint 150 $ le baril,
- la distance coûte de l'argent. Alors on devra
- se résoudre à produire de l'acier à Hamilton à nouveau... »
- - Jeff Rubin

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